avril 11, 2006...6:38
La minute de Maître Capello : encongaillé
A propos de l’épithète encongaillé récemment évoqué et fort bien défini par notre ami Tôm Càng (« tombé sous la coupe d’une belle Annamite »), la contribution de Kim Lefèvre à l’ouvrage Saigon 1925-1945* nous fait remonter à l’apparition de ce terme, au début du siècle dernier.
L’écrivain et traductrice vietnamophone souligne que dans la langue vietnamienne, le terme con gái, hors quelconque filiation, est attribué aux « filles », celles qui « vivent de leurs charmes » ; la « jeune fille », la « demoiselle », étant plutôt designée par le terme cô, voire cô gái.
Il est vrai que dans certains contextes, l’usage de con en tant qu’article est péjoratif. Par exemple, il n’est pas rare aujourd’hui de l’entendre attribué aux chanteuses, qui, de manière étonnante, sont souvent soupçonnées par le public d’arrondir leurs fins de mois par le commerce de l’amour. Doit-on y voir une réminiscence du temps où le métier d’actrice de troupe de théâtre ambulant était souvent doublé de celui de fille de joie ? Mais fermons ici cette parenthèse que les vietnamo-philes et -phones de tout poil (plâtré, d’1m93 ou vivant en Corée) me contesteront peut-être.
Ainsi, d’après Lefèvre, le colon encongaillé était celui qui « s’offrait une jeune “annamite”, moyennant des avantages matériels, argent et cadeaux ». Pour l’anecdote, il revient à l’auteur une chanson qui se fredonnait à l’époque dans les rues de Saigon :
« C’est à Saigon que j’l’ai connue
Elle était toute menue
Et toute frêle, comme un roseau,
Dans son p’tit kimono.
Je lui dis, à ma jolie con gaï :
Voulez-vous que nous nous promenions ?
Prenant un air un peu canaille
Elle ne me disait pas « non ».
Nous passâmes des heures bien douces
En pousse-pousse-pousse-pousse…
« Dao… dao »
Je ne comprenais rien du tout.
« Dao… dao… »
Mais c’était si doux. »
Le terme dao devant se lire đau, soit « avoir mal », au sens physique du terme, on décèle le caractère graveleux de la chansonnette.
* Kim Lefèvre, Èves jaunes et colons blancs, dans Saigon 1925-1945, De la « Belle Colonie » à l’éclosion révolutionnaire ou la fin des dieux blancs, Editions Autrement, 1993, pp. 111-119.





7 commentaires
avril 12, 2006 à 11:50
C’est en effet une autre lecture de l’épithète. Le sens que je lui donnais était plus dans la perspective de “mê gái”
Sinon dans la catégorie ‘gros colon’, “la petite Tonkinoise” chantée par Maurice Chevalier (et apparemment aussi Joséphine Baker) aux paroles tout aussi scabreuses :
“Pour qu’j'finisse mon service
Au Tonkin je suis parti
Ah ! quel beau pays ùesdaùes
C’est l’Paradis des petites femmes
Elles sont belles et fidèles
Et je suis devenu l’chéri
D’une petit femme du pays
Qui s’appelle Mélaoli
{Refrain:}
Je suis gobé d’une petite
C’est une Anna, c’est une Anna, une Annamite
Elle est vive, elle est charmante
C’est comme un z’oiseau qui chante
Je l’appelle ma p’tite bourgeoise
Ma Tonkiki, ma Tonkiki, ma Tonkinoise
Y en a d’autres qui m’font les doux yeux
Mais c’est elle que j’aime le mieux
L’soir on cause
Des tas d’choses
Avant de se mettre au pieu
J’apprends la géographie
D’la Chine et d’la Mandchourie
Les frontières, les rivières
Le Fleuve Jaune et le Fleuve Bleu
Y a même l’Amour c’est curieux
Qu’arrose l’Empire du Milieu
{au Refrain}
Très gentille, c’est la fille
D’un mandarin très fameux
C’est pour ça qu’sur sa poitrine
Elle a deux p’tites mandarines
Peu gourmande, elle ne demande
Quand nous mangeons tous les deux
Qu’une banane c’est peu couteux
Moi j’y en donne autant qu’elle veut
{au Refrain}
Mais tout passe et tout casse
En France je dus rentrer
J’avais l’cœur plein de tristesse
De quitter ma chère maitresse
L’ame en peine, ma petite reine
Etait venue m’accompagner
Mais avant d’nous séparer
Je lui dis, dans un baiser
{Refrain:}
Ne pleure pas si je te quitte
Petite Anna, petite Anna, petite Annamite
Tu m’as donné ta jeunesse
Ton amour et tes caresses
T’étais ma petite bourgeoise
Ma Tonkiki, ma Tonkiki, ma Tonkinoise
Dans mon cœur j’garderai toujours
Le souvenir de nos amours”
avril 13, 2006 à 11:09
Je pense pour ma part que le terme encongaillé a été surtout donné par dérision par les autres colons à ceux qui vivaient en couple, mariés ou non, avec une Vietnamienne.
Ne m’entendais-je pas appeler de ce terme par une relation qui nous est commune encore il y a quelques années; par quelqu’un qui me disait devant mon épouse –qu’il connaisait– que les “Viets”, c’était bon pour une pipe mais qu’il ne fallait pas s’y marier.
avril 13, 2006 à 5:01
Pour mémoire, le version de Joséphine Baker déguisée en Annamite…
http://s15.yousendit.com/d.aspx?id=1ALJZ6PJ17W862BKQVNIQA6FKJ
avril 13, 2006 à 8:09
Nem Chua, Il est toujours en vie le mec?
avril 14, 2006 à 9:22
C’est pas ce vieux grigou de Serène par hasard ? Parce que si c’est pas lui, quelqu’un lui a volé une réplique…
février 4, 2008 à 2:25
Qui peut me dire le titre et éventuellement l’interprète de la chanson dont on cite quelques paroles au début de ce texte ??? (C’est à Saigon que j’l'ai connue, elle était toute menue, ….
Merci d’avance
avril 17, 2008 à 10:03
[...] l’Indo, ses rizières et ses p’tites con gaïs (voir billet « Maître capello : encongaillé »), que de souvenirs pour certains nostalgiques … Oui, mais non, coco, fallait pas la tenter la [...]
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