décembre 19, 2006...9:47

A la bonne école

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Des fois, on se prend à rêver. Comme ça les yeux ouverts, en plein milieu d’une conférence sérieuse avec des experts internationaux et des savants de Marseille. On se pince pour vérifier mais non, il a bien dit ce que j’ai entendu qu’il a dit en vietnamien, la traduction le confirme : “dans un proche avenir, nous escomptons socialiser 40% des écoles primaires et secondaires au Vietnam”. Pour situer le contexte, le monsieur qui parle est un expert gouvernemental travaillant dans un institut de stratégie éducative lié au ministère. Et pour information, le verbe socialiser consiste en fait à privatiser ou à faire retomber une charge financière sur la société civile (tiens oui, elle existe pour les mauvaises langues qui pourraient dire le contraire). Dans le cas présent, il s’agit des parents d’élèves.

Gloups, la gorgée de robusta passe mal. Mais que c’est-il passé ? Sommes-nous bien dans le même pays qui a éradiqué à 98% l’analphabétisme ? Qu’en est-il des grandes réalisations éducatives des 30 dernières années ? Suis-je en train de fumer autre chose que du persil ?

Imaginez que vous êtes en France, à la veille d’une élection que d’aucuns considèrent comme cruciale pour notre république, et qu’un candidat annonce la privatisation des écoles, combien de temps croyez-vous qu’il puisse survivre à la vindicte enseignante (je ne parle même plus du résultat des urnes) ?

Et bien ici non car, de facto, cette socialisation est déjà rampante. Prenons le cas du salaire des enseignants, tellement bas que cela peine à couvrir les factures. De base, il se situe aux environs de 600 000 VND en zone rurale (environ 30 €) . Que font donc généralement les professeurs pour mettre du beurre dans les rau muong ? Des cours du soir où l’on retrouve, ô surprise, tous les élèves qu’ils ont en cours la journée. Enfin ceux qui peuvent se les payer. Tactique simple mais éprouvée : on fait des cours à 15% de leur réalité, tout le monde se plante forcément au contrôle, là on propose des cours de soutien qui sont en fait des cours normaux à 100%. Bien sûr, les élèves du professeur qui viennent le soir chez lui ont les meilleures notes, ce qui incite les autres à suivre leur exemple. Merveilleux. Oui sauf que maintenant c’est un délit punissable d’amende (8 millions de VND si je ne me trompe pas) en théorie.

Premier système de sélection. Une autre méthode pour séparer les bons élèves des mauvais : on demande un droit d’entrée pour accepter le dossier du petit dans LA bonne école. Comptez 1000 $ par tête blonde et vous comprendrez combien vos petits vous sont chers. Et bien sûr les incontournables cours d’anglais. Mais tout cela, le ministère n’en a cure car il fonde son jugement sûr sur l’assurance que pour les parents, l’éducation de la progéniture compte plus que tout et qu’il faut se saigner aux quatre veines pour assurer l’avenir de ses rejetons. Et donc qu’on pouvait baisser le budget éducation du pays (qui n’augmente que par l’apport des familles).

A voir la profusion des écoles de tout poil il semble que le Ministère ne soit pas le seul à avoir fait ce calcul d’ailleurs…

TC

5 commentaires

  • MDR!

    Ca me rappelle Aout 2005, ou une amie me disait qu’elle devait filer en vitesse pour aller voir l’ instituteur de son fils.
    “- Il a des problèmes?
    - Non, je vais juste lui apporter un peu d’argent pour payer les cours de rattrapage…”

    Et elle m’a expliquee tout le micmac, tous les eleves de la classe assistaient tous “aux cours de rattrapage” en période estivale, afin de garantir un bon résultat pour l’année prochaine.
    Sans oublier “la journée des professeurs” ou les parents amènent le panier garnis, avec l’enveloppe!

    Tu as raison, les premiers qui vont ’se mettre en greve’ lors de la socialisation de l’éducation nationale, seront pas les parents, mais bien les profs!:O)

  • Oui, tu fumes bien du Persil.
    Anti-redeposition.

    Cela dit, 98% d’alphabetisation, tu y crois? J’emploie plus d’un analphabete, et pas parce qu’ils sont cons, ils sont loin de la.

    Lors d’une mesure sous l’eau, on avait du faire appel a trois specialistes: un qui plongeait, un qui prenait la mesure en posant le metre la ou le plongeur le lui disait, et un qui la lisait…

    Si meme des boites un peu chic emploient des analphabetes, je m demande comment ca se passe pour les autres. Tu vas me dire, je le vois venir, que dans ma province…

  • Ben en fait, je me référais à l’ouvrage de Papin qui citait les deux grandes réussites de l’ère communistes (la santé et l’éducation), domaines qui étaient d’ailleurs ceux dont l’état se désengageait à vitesse grand V. Ouvrage dont je recommande vivement la lecture.

    P. Papin, “Vietnam : parcours d’une nation”, 2nde édition, Belin, 2004.

  • Je reviens donc sur le sujet de l’ éradiquation à 98% l’analphabétisme… Quitte a énerve certains, je rejoins un peu l’ opinion de Nem Chua.

    De plus c’est une stat, et les stats sont… des stats!!! Et apres m’etre taper les 300 pages du EFA Global Monitoring Report de l’ UNESCO, que voit on a la fin: chaque pays a une definition de l’ alphabétisme qui lui est propre, exemple

    Chine:
    - En theorie: In urban areas: litterate refers to a person who knows a minimum of 2000 characteres. In rural areas: literate refers to a person who knows a minimum of 1500 characteres.
    - Mode:household declaration
    - Data source: Population Census

    Pour le Vietnam:
    - Theorie: A literate is a person who knows how to read and write with understanding simple sentences in his/her national or ethnic language or foreign language.
    - Mode:household declaration
    - Data source: Population Census

    Maintenant j’ai juste une question… hrrrr ou est ce que vous avez vu des “household declaration”?
    Et “population census” qui veut dire recensement… hrrr ou est ce que vous avez vu un rescensement ici? Depuis le temps que j’ habite dans le meme quartier personne n’est vu chez moi, et pour le soit disant “recensement” denombrant le nombre d’habitant par foyer, il a juste fallut amener le “livret de foyer”

    Je conseille aux intellos de telecahrger le PDF, et pour finir, jetons un coup d’oeil au Cambodge considerer mauvais eleve dans l’alphabétisation des masses et du % du PIB consacré a l’éducation (1,8%):

    Literacy is the ability to read and write understanding in any language. A person is literate when he/she can read and write a simple message in any language or dialect. A person who both cannot read and write a simple message is considered illiterate.
    Also to be considered illiterate is that person who is capable of reading his/her own name or number, as well person who can read but not write. Children aged 0-9 were treated as illiterate by definition even if a few of them could read or write.

    Mode: self declaration
    Data source: Between Population Census and survey

    Resultat des courses: il est plus facile d’ etre analphabete au Cambodge qu’ au Vietnam.

  • Ah oui, j’ai oublier les sources ;)

    EFA Global Monitoring Report: The EFA Global Monitoring Report is mandated to offer a global review of progress towards achieving the EFA goals.

    Education spending (% of GDP) by country

    Au Delà de la Croissance Économique–Un livre virtuel de l’eleve (World bank)

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