Vous avez sûrement entendu parler du massacre qui a eu lieu dans un centre d’immigration de Binghamton, dans le sud de l’État de New York, il y a quelques jours. Le tueur fou, Jiverly Wong (ou Linh Phạt Voong), était un immigrant d’origine sino-viêtnamienne ayant eu beaucoup de difficulté à s’intégrer à la société américaine. Je n’ai pas l’intention de m’étendre sur les détails sordides de l’affaire, mais son traitement par les médias viêtnamiens et Việt Kiều est assez révélateur d’une certaine conception de la viêtnamitude.
Dès l’annonce du massacre, les médias électroniques Việt Kiều ont soit essayé de passer la nouvelle sans mentionner l’origine viêtnamienne du tireur, soit tenté de démontrer que son nom ne pouvait être viêtnamien (vu son orthographe pas très kinh). Finalement, comme le prénom officiel laissait peu de doute, les blogs et les forums de la communauté ont essayé de se dissocier du tueur en le dépeignant comme étant Hmong, Nùng ou Chinois. Autrement dit, les minorités ethniques font partie de la nation quand on veut justifier l’occupation de leur territoire, mais dès qu’un de leurs membres disjoncte, on se dépêche de rappeler qu’ils ne sont pas vraiment viêtnamiens.
Les médias du Viêtnam s’y mettent maintenant. Après avoir d’abord observé une retenue surprenante en mentionnant l’origine viêtnamienne du tueur sans tomber dans le discours ethnique, ils semblent maintenant se joindre à ce concert douteux. Thanh niên adopte par exemple une optique carrément raciste, essayant désespérément de suggérer que le tireur est Nùng d’origine chinoise. Tuổi Trẻ adopte une approche moins directe, en mettant l’emphase sur une victime Việt tout en omettant de mentionner l’identité du tueur.
Ce qui est le plus triste dans tout ça, c’est que personne ne veut reconnaître qu’un grand nombre d’immigrants viêtnamiens en Occident, surtout des hommes, ont des problèmes d’intégration sérieux, que ce soit au niveau culturel ou économique. Ça tourne rarement aussi mal qu’à Binghamton, mais ça mène assez souvent à d’autres problèmes, comme l’alcoolisme et la violence conjugale. Pour préserver l’image de la communauté, on préfère laisser des gens souffrir en silence. Ou éclater dans le bruit et la fureur.
Gỏi Mít Non




10 commentaires
avril 6, 2009 à 11:41
Quelle honte! Les minorite ethniques au Vietnam travaillent et payent des impots comme le reste du monde. Quoi que les vietnamiens veulent les reconnaitre ou non, ils (ces Hmong, Nung, Chinois) sont vietnamiens! Il faut regarder la verite en face! De plus, l’important c’est pas l’ethnicite de l’assassin mais ce qu’on doit faire pour les prevenir!
avril 6, 2009 à 11:43
J’ai signe George Bush/Cheney pour condamner l’attitude des vietnamiens racistes!
avril 7, 2009 à 2:35
Tiens, il y en a encore qui découvrent la presse vietnamienne, enfin la presse…
avril 7, 2009 à 6:48
Que de medisance, le mec n’ etait pas viet, c’ etait un africain mormon juif convertit a l’ islam en 2005, qui plus est etait metisse par sa grand mere durant la colonisation fr qui etait hotesse dans un bar de nuit sudiste.
On a meme retrouve de la ponographie animaliere sur son facebook.
Avec ca normal que le bougre pete les plombs.
avril 8, 2009 à 1:19
D’ailleurs, on me dit qu’il est décrit comme viet d’origine chinoise dans la presse US….d’après les locaux…
avril 8, 2009 à 5:54
Oui, la presse américaine le présente comme étant soit viêtnamien, soit sino-viêtnamien, mais personne n’insiste vraiment sur son origine, sauf pour mentionner que ses problèmes d’intégration semblent avoir joué un rôle dans le fait qu’il a disjoncté. (J’aime bien les Ricains sur ce point-là: en sept ans là-bas, j’ai jamais eu le moindre commentaire déplacé sur le fait que j’étais étranger.)
Il y a encore des Việt Kiều qui m’ont parlé de leur peur que l’histoire se retourne contre eux aujourd’hui. Pourtant, je n’ai pas vu le moindre discours anti-việt dans les médias.
avril 10, 2009 à 1:01
Le directeur général de l’Agence Vietnamienne d’Information (AVI), Trân Mai Huong, en visite à Cuba à l’invitation de l’agence Prensa Latina (PL), a été reçu le 8 avril à La Havane par le chef adjoint de la Commission centrale de l’idéologie du Parti communiste de Cuba, Angel Arzuaga.
Concrètement, ça progresse !
avril 10, 2009 à 8:00
Un bon article, bien équilibré, sur la communauté Việt de Binghamton:
http://www.vnexpress.net/GL/The-gioi/Nguoi-Viet-5-chau/2009/04/3BA0DD58/
août 4, 2009 à 2:17
“Ce qui est le plus triste dans tout ça, c’est que personne ne veut reconnaître qu’un grand nombre d’immigrants viêtnamiens en Occident, surtout des hommes, ont des problèmes d’intégration sérieux, que ce soit au niveau culturel ou économique.”
Vu d’ici, d’un petit coin de France, et avec une vision probablement très subjective, je n’ai pas l’impression d’assister à de “sérieux” problèmes d’intégration de la part de personnes d’origine vietnamiennes en occident ; ce serait même le contraire. Mais ce n’est que mon avis, très relatif.
août 6, 2009 à 7:47
Ce n’est sûrement pas la majeure partie des Vietnamiens d’Occident qui ont des problèmes d’intégration. Par contre, les communautés veulent tellement donner une bonne image qu’on ferme l’oeil sur des problèmes d’alcoolisme et de violence domestique bien réels. En plus, les problèmes linguistique de certains immigrants de la première génération les maintiennent parfois dans des situations de sur-qualification (beaucoup de cadres ayant dû ouvrir des restaurants ou des salons de manucures), ce qui cause de grosses frustrations. Il serait intéressant de contraster les communautés nord-américaines ou est-européennes avec la communauté française, établie depuis beaucoup plus longtemps.
GMN