Sur un forum bien pensant*, un frileux s’interroge: “je voudrais savoir comment ca se passe pour s’expatrier definitivement au vietnam” Après un coup de sonde et un lien vers un document consulaire posté à l’époque par Tôm Càng (quel lècheur, celui-là!), il s’avère que notre forumiste est inquiet des procédures administratives.
Moi qui avais cru un instant qu’il voulait s’expatrier définitivement! Muer, laisser derrière lui sa vieille peau toute engluée de sécu, d’assedic, de droits et de paperasses. Sinon à quoi bon partir? Ou alors qu’il trouve un job d’expat’ et vienne s’enfermer dans un condominium. Il y retrouvera plein de gens pas dérangeants, ils pourront parler de coupe du Monde devant un Ricard, de politique hexagonale et de Carla Bruni. En rentrant en France, il pourra raconter son Vietnam –ca risque d’être un peu pauvre.
Quelles paperasses faut-il remplir? Il doit y en avoir tout plein. Pour lui répondre, oui, si tu demandes à un fonctionnaire, il va peut-être te dire qu’il faut mille paperasses (va savoir lesquelles), mais en réalité, c’est simple. Viens. Installe-toi, fais ta vie. Paperasse ou pas, à la fin on n’en est pas moins mort. L’idée est de remplir de vie le bout de temps avant. Alors crois-moi, frileux, les fonctionnaires, laisse-les causer derrière leur hygiaphone: ils y ont une vie à eux. Peut-être. Certains en réchappent.
Le frileux se justifie: il se méfie, forcément, trouve stupide et cher qu’un Suisse dont on lui a parlé ait à renouveller un visa au Cambodge tous les six mois. Mais mon ami on peut renouveller un visa sans quitter le Vietnam. Quant à aller au Cambodge, c’est $30 de bus aller-retour, $22 de visa cambodgien à la frontière plus le côut du visa Vietnamien, une chambre se trouve à Phnom Penh pour $10-15, et tu auras même 24 heures à tuer pour trouver un bon bouquin: Phnom Penh regorge de boutiques de bouquins d’occase, bien plus que Saigon. Ou manger une happy pizza sur le quai Sisowath, avec vue sur le Tonle Sap, ca te ferait voir la vie un peu plus en rose. Rien que ca, ca justifierait le voyage tous les 6 mois.
C’est clair que s’il est allergique au stupide, il risque d’avoir de l’urticaire en arrivant, au moins le temps de comprendre un peu ce qui se passe autour de lui.
L’homme s’inquiète si c’est vraiment possible à un Francais de venir au Vietnam et d’y rester pour de bon. Comme dirait KCA, et nous on fait quoi depuis si tout ce temps? (TC avait suggéré des actes de zoophilie contre nature) Est-ce pour de bon? Rien n’est définitif dans cette vie. En tout cas nombre d’entre nous n’ont pas encore exprimé l’envie de partir. S’installer au Vietnam, ca ne demande que trois choses: un passeport, un visa et un billet d’avion. Aller simple si c’est définitif. Après, 15 jours ou 15 ans, c’est vraiment une affaire de comment tu le sens.
On sait que c’est dur, de muer. Prends un billet et vas-y voir. Si tu pars, tu prends le risque de rentrer décu. Si tu ne pars pas, tu risques de le regretter toute ta vie et de te dire dans ta vieille barbe “et si j’étais parti…”
Je suspecte que mon frileux est en fait un jeune retraité qui veut se refaire une vie douce par ici, est-ce que ca change quelque chose à ce qu’on vient de dire? Rien. Il doit même pouvoir trouver à toucher sa pension par ici. Illégal? Je ne crois pas. Et même si ca l’était? Un départ définitif, au fond, c’est une affaire de vie ou de mort.
Après, il faudra qu’il vienne nous raconter ses déboires sentimentaux, qu’on s’amuse un peu. Là encore, je fournis les petites cuillers.
Nem Chua
* oui, celui-là. Rendons à César…